mardi 25 juillet 2017

L'église de Sainte-Maure

Sainte-Maure-de-Touraine

 

 

1. Dans La Semaine religieuse du diocèse de Tours, n° 4, vendredi 27 janvier 1933 et n° 6, vendredi 10 février 1933, est publié un historique de la paroisse de Sainte-Maure. Il, y est indiqué que « ce n’est qu’au VIème siècle qu’elle [la ville] prit le nom de Sainte-Maure, lors de la découverte du tombeau de deux vierges : Maure et Britte ». Grégoire de Tours, au XVIIIème chapitre de son livre De la gloire des Confesseurs, a fait le récit de ces deux vierges, récit dont la partie essentielle se lit au bréviaire, dans le Propre de Tours, le 28 janvier. L’auteur de l’article (A.C. ?) signale que l’évêque de Tours, saint Euphrône, a béni « la chapelle des saintes Maure et Britte » ; il écrit aussi : « L’église paroissiale, dédiée à saint Blaise et à saint Martin comme second patron, perdit peu à peu ce patronage pour celui de nos deux saintes... »                                             

                                                            Michel LAURENCIN, agrégé d’histoire, archiviste du diocèse de Tours

           

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SAINTE-MAURE

            « A l'époque gallo-romaine, la petite ville qui porte aujour­d'hui le nom de Sainte-Maure s'appelait Arciacum, petite citadelle. Ce n'est qu'au vie siècle qu'elle prit le nom de Sainte-Maure, lors de la découverte du tombeau de deux vierges : Maure et Britte. De la vie de ces deux saintes, on ne sait rien; leur nom a été révélé, ainsi que l'endroit de leur sépulture, par trois apparitions : deux à un laboureur et une à saint Euphrône, évêque de Tours.

Notre saint Grégoire, au XVIIIe chapitre de son livre : De la gloire des Confesseurs, en a fait le récit, dont la partie essen­tielle se lit au bréviaire, dans le Propre de Tours, le 28 jan­vier.

            «  II y avait dans les limites de la Touraine, dit-il, une petite montagne couverte d'épines, de ronces et de vignes sauvages, dont les buissons entrelacés avaient une telle épaisseur qu'il était presque impossible d'y pénétrer. Or le bruit commun était que deux vierges consacrées au Seigneur avaient été inhumées en cet endroit, qu'il était certain qu'aux veilles des grandes fêtes, des personnes dignes de foi y avaient vu souvent une clarté miraculeuse : qu'un homme s'était trouvé assez résolu pour s'approcher de ce lieu, par une nuit fort obscure, attiré par un cierge d'une éclatante blan­cheur dont la lumière se répandait au loin; qu'après l'avoir longtemps admirée, il avait été en faire part à ses voisins. En ce temps-là, ces saintes filles apparurent en songe à un bon laboureur du pays et lui firent connaître que leurs corps repo­saient en cet endroit, qu'ils ne devaient pas y rester plus longtemps exposés aux injures de l'air; que ce serait faire une œuvre agréable à Dieu, s'il coupait tous les arbrisseaux cou­vrant leur tombeau et y élevait un toit protecteur. A son réveil, cet homme, distrait par ses occupations ordinaires, perdit de vue et sa vision et ce qui lui avait été demandé. Mais les mêmes vierges lui apparurent une seconde fois, pendant la nuit, avec un visage sévère et le menacèrent, s'il négli­geait de couvrir leur sépulture, de perdre la vie avant la fin de l'année. Effrayé de cette nouvelle vision, dès que le jour eut paru, il prit sa hache et alla couper les broussailles sous lesquelles le tombeau était caché; et il trouva tout autour de grosses gouttes de cire exhalant un parfum aussi suave que les baumes les plus précieux de l'Orient. Il transporta ensuite les matériaux nécessaires pour la construction du bâtiment, et l'été ne fut pas plus tôt arrivé qu'il y construisit une chapelle.

         « Son ouvrage achevé, il fut trouver le bienheureux saint Euphrône, alors évêque de Tours, pour le prier de venir bénir son oratoire; mais le saint prélat, fort avancé en âge, s'en excusa, lui disant : a Vous le voyez, mon enfant, mon corps est cassé de vieillesse; l'hiver de cette année, plus rude que d'ordinaire, me tient assiégé dans ma demeure; le débordement des rivières, l'état des chemins, ne me permettent pas ce d'entreprendre un voyage si au-dessus de mes forces. » Cette réponse affligea profondément le laboureur qui revint chez lui le cœur plein de tristesse. Mais le saint évêque, étant allé prendre son repos, fut à peine endormi que les deux vierges lui apparurent. L'aînée, d'un air chagrin, lui dit : « Bien heureux prélat, quel mal avons-nous pu vous faire? Quel ce préjudice avons-nous causé au troupeau que Dieu vous a « confié? Pourquoi nous mépriser? Pourquoi différez-vous ce d'aller consacrer ce que cet homme fidèle a élevé sur nos « tombeaux? Venez-y présentement, nous vous en conjurons, ce au nom du Dieu Tout-Puissant, dont nous sommes les servantes. » Ce discours était accompagné de larmes.

         « Le vieillard s'étant éveillé, appela incontinent l'intendant de sa maison : « J'ai mal fait, dit il, de ne pas aller avec cet ce homme. Je viens de voir deux vierges qui m'ont fait de vifs ce reproches, et je crains d'encourir la disgrâce de Dieu, si je ce diffère plus longtemps de me rendre où je suis appelé. » Il se hâta donc de partir et il ne fut pas plus tôt en chemin que la pluie cessa, que la violence du vent s'apaisa, et que les che­mins devinrent praticables. Le saint évêque, après avoir fait un heureux voyage et béni la chapelle, revint avec la paix du cœur.

         «  Le prélat et le laboureur rapportèrent, selon qu'ils avaient attentivement remarqué, les traits et le port des vierges : l'une était d'une taille plus élevée que sa sœur, mais l'une et l'autre, également méritantes, étaient rayonnantes de blan­cheur; l'une s'appelait Maure et l'autre Britte, car ils avaient appris ces noms de leur propre bouche. »

         Tel est en entier le récit de saint Grégoire. Le voyage de saint Euphrône eut lieu à la fin de janvier de l'année 572. Son épiscopat dura de 554 à 573.  

                                                (La semaine religieuse du diocèse de Tours, 27 janvier 1933)

 

 

 

 

         Sitôt que Saint-Euphrône eut béni la chapelle des Saintes Maure et Britte, le culte des deux vierges prit un grand essor non seulement dans la petite ville mais encore dans les pays voisins. Arciacum (comme il a été dit) perdit son nom et devint Sainte-Maure. Non contente de les honorer comme vierges, la tradition orale du pays les pare de la palme du martyre, et une fontaine qui porte leur nom aurait jailli à l'en­droit même de leur sacrifice : dans la muraille septentrionale de l'église, sous un enfeu en arc brisé, existe une margelle fort ancienne, appelée le puits des Vierges.

         L'église paroissiale, dédiée à saint Biaise et à saint Martin comme second patron, perdit peu à peu ce patronage pour celui de nos deux Saintes. Leur réputation s'étendait au loin, puisque nous possédons un bref du pape Nicolas V, daté du 12 des calendes de novembre de l'année 1450, la 4e de son pontificat, par lequel il fait appel aux fidèles et promet une indulgence de sept ans et autant de quarante jours en plus, à ceux qui visiteraient l'église, entre les premières et secondes vêpres, depuis l'Assomption jusqu'à la Dédicace, et contribue­raient soit de leurs mains, soit de leurs deniers, aux répara­tions.

         L'église de Sainte-Maure était riche en reliques et des chartes fort anciennes en constatent l'existence depuis treize siècles. La châsse qui renfermait les restes des Saintes Maure et Britte fut visitée en 1267 par Vincent de Pirmil, archevêque de Tours, ainsi qu'il est marqué au procès-verbal. L'archevêque enleva les têtes des Saintes pour les remettre à Guillaume, seigneur de Sainte-Maure.

         Une deuxième visite fut faite en 1454 par Jean de Bernard, archevêque de Tours, en présence de Richard, évêque de Coutances, de Guillaume de Chauvigné, abbé de Noyers, de Jehan d'Estouville, seigneur de Sainte-Maure, et de Georges Guiot, curé de la paroisse, en vertu d'une autorisation du pape Nicolas V.

         Une troisième visite eut lieu le 8 novembre 1666 par ordre de Victor le Bouthilier de Chavigny, archevêque de Tours. L'acte qui le constate, plus explicite que les précédents, contient l’énumération des os renfermés dans la châsse. Cette châsse, longue de deux pieds et demi, haute de un pied et demi, couverte de lames d'argent « avec des cristaux », con­tenait vingt-cinq grands ossements et plusieurs plus petits. A cette occasion, l'archevêque permet d'exposer les Reliques le dimanche 24 avril avec toute la solennité possible, et ajoute : « Nous mandons aux curés des paroisses circonvoisines de s'y rendre en procession avec leur peuple. »

         C'est là l'origine de la seconde fête des Saintes, le 2e dimanche après Pâques, jour de l'Assemblée : cette fête est connue sous le nom de Translation des Reliques, et elle se célèbre encore par une procession dans les rues de la ville. La fête primaire des saintes Maure et Britte est célébrée le dimanche qui suit le 28 janvier.

         Une quatrième visite eut lieu le 13 mai 1761 par Henri Ber­nardin de Rosset de Fleury, archevêque de Tours. Le procès-verbal constate la présence de vingt-cinq grands os et de vingt-cinq moyens. De ces os deux furent distraits pour la chapelle de l'archevêque, et deux autres furent enfermés dans un petit coffret en plomb pour être déposés dans la chapelle des dites vierges nouvellement érigée. Pendant la Révolution, les Reliques furent cachées par le curé de la paroisse. En 1847, pendant la nuit, elles furent violées et certaines dispa­rurent, car la châsse actuelle laisse à penser que le nombre d'os qu'elle renferme n'est plus aussi considérable qu'autre­fois. Ces reliques ont été reconnues dans un procès-verbal de 1858 et signé de MM. Rochette et Pécherard, chanoines de Tours, anciens curés de Sainte-Maure et délégués par Mgr Guibert.

         Environ à un kilomètre de la ville, s'élève, sur un terrain planté de conifères, la chapelle des Vierges, très vénérée dans le pays. Cette chapelle, de date récente, est fort belle : elle rem­place une ancienne construction érigée en 1760 par l'abbé Martin Louis. Elle a été érigée par M. l'abbé Mercier, à qui la paroisse doit beaucoup, et bénite le 26 avril 1892. Cette cha­pelle, de deux travées et d'une abside, est voûtée en coupole et précédée d'un magnifique clocher à deux étages de fenêtres romanes.

On célèbre la messe à la chapelle des Vierges, en particulier pour la Saint-Marc et les Rogations. Elle est très visitée. Au-dessous du perron qui donne accès au clocher, se trouve la fontaine dite des Vierges, du lieu de leur martyre, selon une légende ancienne.

         On attribue à l'eau de cette fontaine la guérison des mala­dies des petits enfants et en particulier de la teigne de lait. On y vient des cantons environnants. Sainte Maure et sainte Britte sont honorées à Nogent-les-Vierges au diocèse de Beauvais.

         Pour les amateurs d'archéologie sacrée, nous ferons remarquer que sous l'église de Sainte-Maure s'étend une crypte fort ancienne et peu connue, qui couvre une superficie de plus de 400 mètres carrés. Divisée en 3 nefs, à peu près d'égale grandeur, elle mesure près de 22 mètres de longueur sur près de 20 mètres de large.                                                                                                                        A.C.

                                                (La semaine religieuse du diocèse de Tours, 10 février 1933)

 

2. Dans La Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Tours, n° 24, samedi 10 septembre 1887 sont relatées la bénédiction de l’église et la consécration de l’autel,  le mardi 22 août 1887, par l’archevêque, Mgr Meignan. Il y est fait explicitement mention des « restes bénis de nos patronnes aimées, sainte Maure et sainte Britte, qui bientôt vont être renfermés au tombeau du maître-autel de la paroisse... ».

 

3. Il est donc certain qu’à l’origine, les patrons de l’église étaient saint Blaise (patron principal) et saint Martin (patron secondaire) ; mais que, par la suite, ce patronage a été attribué à sainte Maure et à sainte Britte. Au sens strict, c’est donc, de nos jours, ce double patronyme qui doit être officiellement retenu par le diocèse et non plus le premier.

            Ce changement de patronage n’est en rien surprenant. Ainsi, le patron initial de la cathédrale de Tours fut saint Maurice ; et ce n’est qu’au XIVème siècle que l’édifice prit la titulature de « saint Gatien ».

                                                            Michel LAURENCIN, agrégé d’histoire, archiviste du diocèse de Tours